30 novembre 1981

J051 - Bazars à Delhi

Petites misères

Hier soir, une fois de plus, mon savon m'a échappé des mains, pendant ma douche. Il s'est tout naturellement engouffré, avec une facilité déconcertante, dans le trou des toilettes qui l'a absorbé goulûment. Et aujourd'hui, bien entendu, j'ai oublié d'en acheter un autre.
Vive les boules Quies ! Ma chambre donne sur le couloir où vocifèrent, la nuit durant, les indigènes. Du coup, j'ai dormi jusqu'à midi, récupérant de mes pérégrinations en bus et de mes kilomètres de marche d'hier.


Le grand fleuve humain

Hier New Delhi.
Aujourd'hui, j'ai donc décidé de prendre un bain de foule dans Chandni Chowk, que j'ai atteint bien tard, m'étant égaré comme d'habitude.

Passage par Sadar Bazar puis Naya Bazar.

Dans la rue, le spectacle est hallucinant.
Différents types de véhicules constituent autant de menaces potentielles qui vous frôlent par derrière.
Ici, piétons ou pas, tout le monde se déplace à gauche, sens normal de la circulation congestionnée : voitures Ambassador bien sûr ; Harley-Davidson au lent teuf-teuf, aménagées avec une plateforme arrière d'1 m2 qui peut transporter 10, 20 personnes ; rickshaws à moteur de scooter, jaunes et noirs, qui n'ont aucune puissance et un changement de vitesse à poignée ; rickshaws à pédales dont l'avant utilise le cadre d'un vieux vélo (les indiens ne rechignent pas à y monter en famille - un couple et quatre enfants tirés par une paire de mollets - ou bien à les utiliser comme carriole, transportant du bois, des pneus de tracteurs, n'importe quoi).
D'autres rickshaws trainent derrière eux une petite cage dans laquelle s'entassent des enfants, pliés en deux, boite exiguë aux barreaux carcéraux. On dirait, de taille réduite, les cages qui transportaient, les prisonniers en place de Grèves, il y a 200 ans, ou les chiens à la fourrière, il y en a 70.
Des carrioles, tirées par des animaux,. A cheval, que certains dirigent parfois debout, le fouet tournoyant, Ben-Hur de bazar. A vache, de ces grandes vaches à la haute croupe chevaline, avec une bosse de zébu et de longues cornes souvent peintes. Elles n'impressionnent pas, nonchalamment ruminantes et agenouillées sur les trottoirs, mais, debout à côté d'elles, on se rend compte de leur gigantisme.
Enfin, toutes sortes d'autres véhicules. Diable d'acier pesant, poussé par un gamin dans un bruit d'enfer. Véhicules d'eau réfrigérée du genre vendeur de sorbets. Temples à la gloire d'une divinité indienne. Et tout type de chargement impressionnant, posé sur deux roues, qu'un homme soutient par devant et qu'un autre pousse à l'arrière. Sans oublier les bicyclettes, scooters, et tous ceux qui défilent, croulant sous de lourdes charges posées sur la tête ou ficelées sur le dos.
Sur les trottoirs, difficile de marcher, tout le monde se retrouve donc sur la chaussée. Les vitrines des magasins ou les diverses échoppes créent autant de points de congestion, de rendez-vous ou de palabres, qu'il faut contourner.
Plus loin, un mendiant ou un vieillard qui n'avance qu'à petits pas ou pas du tout, une ou deux vaches qui ruminent tranquillement, des vendeurs de fruits, de cacahouètes, de journaux, des stands qui préparent des samossas, pakhoras, chappatis, sur quelques braises et un assemblage de briques, des gens qui dorment, qui pissent, de grosses crottes et de la boue...autant d'obstacles à éviter.
Alors, vigilant, on se jette dans le grand fleuve humain qui lentement s'écoule entre les deux berges du trottoir.

Chandni Chowk : la grande artère qui relie Fathepuri Masjid au Old Fort, passant devant la Municipal Corporation. Trop de circulation, même si le terre-plein central met un peu d'ordre dans le trafic.
J'ai préféré Amir Chand Marg, dont l'ancien nom est Nai Sarak, et le Chawri Bazar, plafonné sur quelques centaines de mètres par un filet de guirlandes clinquantes.

Toute l'après-midi, j'ai circulé parmi ce théâtre vivant. Fasciné mais incapable de prendre la moindre photo. Trop dangereux, puisqu'un moment d'inattention suffit pour se retrouver sous un véhicule. Trop futile aussi, car il faut la vivre pour l'apprécier, cette animation débordante.

Le soir, devant la porte de l'hôtel Three Stars Guest House, défilé d'un marié chevauchant un cheval brillamment caparaçonné, précédé d'une fanfare locale et accompagné de porteurs de flambeaux acétylène.

_____________________La carte de la journée_____________________

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