01 décembre 1981

J052 - Delhi : Hanuman Temple

Noël approche.
Plusieurs kilomètres de marche aujourd'hui encore.

Déception à l'American Express où j'espérais, crédule, une ou deux lettres de l'Europe.

A la Bank of America, j'ai apprécié l'air conditionné et le marbre aseptisé.
Je me repose dans ces endroits clairs et propres, sans odeurs mais pleins d'argent.


Miracle de la Carte Bleue

Pour télexer en France et obtenir confirmation de l'honorabilité de mon compte en banque, il leur suffit d'emporter mon petit rectangle plastifié. Dans l'arrière-salle, ils le torturent et celui-ci avoue tout, crachant ses informations sous forme de chiffres codifiés. Miracle, merveille du monde moderne.

Auparavant, j'étais descendu dans les entrailles à air conditionné du marché souterrain situé à côté de Parliament Street. On y tourne en rond, entre deux rangées de vitrines violemment éclairées au néon. De-ci, de-là, je me renseigne, complétant mon catalogue de prix, jamais sûr des business fructueux. Est-ce que je manque de feeling commercial ?

Au lance-pierre, j'avale un Chow Mien au prix exorbitant dans un snack de Janpath, pressé d'être à l'heure, à pied d'œuvre au Telegraph Office.
Hier, on m'avait annoncé qu'il fallait 3 heures pour obtenir la communication. Mais là, 30 minutes suffisent. Il n'y a personne à l'autre bout du fil. Ou plutôt si, la standardiste de Delhi, qui me dit dans un anglais sensuel qu'il me faudra rappeler dans 2 heures.

Pour tuer le temps, je vais me recueillir dans le temple d'Hanuman. Il est toujours fascinant d'assister à des dévotions religieuses intenses et riches de symboles, symboles qui ne font qu'éloigner les esprits du sens primitif. Quelques minutes de culte suffisent à mettre le dieu de son côté, plutôt que de tirer profit du moment pour tenter de se rapprocher un peu de lui.
Grand déploiement d'eau, de fleurs, de pâtisseries sucrées et de menue monnaie. Pas mal de dévotion et de respect. Geste un peu hystérique de certaines femmes au toucher du lingam de Shiva. Frisson délicieux, de crainte et d'excitation mêlées. N'est-ce pas une représentation qui parle à l'imagination ?


Le temple d'Hanuman
(note : il s'agit sans doute de Sri Hanuman Mandir Vatika sur Baba Kharak Singh Marg)

Situé à gauche en s’éloignant de Connaught Place par Parliament Street.

Un peu en retrait d’une petite place où trône une fontaine,
symbolisant la fusion amoureuse de deux êtres, dans une plastique moderne,
c’est une étrange construction,
amalgame de baraques en briques,
qui se fondent autour de la structure du temple.
Comme d’habitude,
les abords du temple sont signalés par une recrudescence de mendiants,
alignés, assis, au pied des murs alentours.
Plus près de l’entrée, concentration de boutiques,
profitant d’un bon achalandage,
vendant habits, lecture de main ou du "tout à une roupie".

Echoppes d’offrandes qui seront faites aux dieux :
colliers de fleurs oranges qui créent, amoncelées, des taches de couleur vive,
sucreries diverses, dont la moitié sera récupérée par des jeunes enfants, lorsque les fidèles sortiront du temple.
On se déchausse dehors,
confiant les précieux souliers à des indiens,
ayant trouvé là une nouvelle aubaine pour exercer un autre petit commerce,
une des mille et une prestations de service qu’on paye de même monnaie.
Pieds nus, on patauge quelques mètres dans la gadoue,
avant de gravir les marches de marbre blanc souillées.
Les gens se penchent,
s’agenouillent,
touchent d’un doigt le sol sacré,
avant de porter la main à leurs cheveux.
Comme au cinéma,
guidés par une rambarde,
les fidèles font la queue,
tenants fleurs et sucreries poisseuses.

Dans le temple, tous les dieux ou presque
sont représentés,
et leurs effigies de marbre protégées,
dans des niches, derrières de larges grilles.
Beaucoup de doré sur les sculptures,
de fleurs aussi,
et par terre un amas coloré
dans lequel se mélangent, pétales, piécettes et sucreries.
Il faut voir le manège des indiens pieux qui entrent un par un dans la petite salle aux parois métalliques finement travaillées.
Ils touchent d’un doigt révérencieux le chambranle de la porte, proposent leurs offrandes aux officiants présents qui règlent la circulation, prennent une partie des sucreries, quelques fleurs, puis rendent le reste à leurs propriétaires.
Avant de s’éloigner, caresses révérencieuses sur le sommet d’un lingam, écrasements avec application de quelques pâtes sucrées sur le front du taureau, autre symbole religieux de Shiva.

En fin de compte, écœurant tableau : fleurs que l’eau a pourries ou que l’air a séchées, pâtes agglutinées un peu partout sur les statues qui s’y prêtent, ou le méritent.
Sur le chemin de la sortie, des indiens quémandent la nourriture excédentaire que bien peu de fidèles songent à ramener chez eux.
Ils la recueillent dans ces feuilles cousues en guise de récipient, ou dans des sacs plastiques, avant de la receler aux marchands de l’extérieur qui la distribueront une nouvelle fois.
Au total, des centaines d’opérations, pour un chiffre d’affaires journalier de quelques roupies.


Second miracle technologique de la journée !

J'avais oublié que les hommes pouvaient mettre de grandes capacités au service d'autres hommes. J'ai D. au bout du fil. Sa voix est bien plus claire et distincte que toutes les communications locales avec M. Tout s'arrange au mieux, avec cette merveilleuse opportunité d'une prochaine rencontre à Bombay pendant cinq jours qui nous convient parfaitement à tous deux.

En rentrant, j'achète un livre de Gandhi et me fait taper par ce pauvre gars de Taïwan qui veut télégraphier pour qu'on lui envoie de l'argent. On lui a tout volé à Bénarès sous la menace d'un couteau et ça n'a pas l'air d'aller fort.

_____________________La carte de la journée_____________________

1 commentaire:

  1. Les cartes s'affichent sur l'ordinateur de mon compagnon, mais décidément, plus sur le mien. Restent le texte et les images ! M.

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