07 février 1982

J120 - Goa, jour 38 : l'homme mort


A peine le petit-déjeuner avalé, je me suis précipité sur la plage où je savais rencontrer la puissance rassurante de la mer.
Ce matin-là, elle charriait le cadavre d’un homme assassiné.
C’est A. qui m’a rencontré et m’a conduit auprès de lui. G. avait aidé un pêcheur en tirant par les cheveux le macchabée hors de l’eau, laissant sur le sable le double labour des jambes déjà raides. 

Mon premier mort. Pas grand-chose en fait, plutôt rassurant après l’horrible nuit, même si le spectacle de l’œil arraché, des gencives sanguinolentes, du teint bleuté et mat, de la raideur si caractéristique dans sa posture bras croisés n’avait rien de réjouissant.

Police, etc…Et puis nous avons passé la journée ensemble, j’étais drôlement content d’avoir de la compagnie.

Cette nuit, il a fallu à nouveau endurer de cruels supplices.
Le premier assaut fut le plus rude, avec ce froid commençant vaguement dans les membres inférieurs, tandis que j’assistais, conscient et impuissant, à sa généralisation dans tout le corps. Comme lors de moments de grandes terreurs, la périphérie des abdominaux s’est contractée, lente et inexorable tétanisation – panique qui, telle un étau qui lentement se serre, a gagné tout le ventre.
Observer et surtout sans avoir peur. Je me suis vu pendant quelque temps mourir un peu, puis cela s’est dissipé.
J’ai attendu l’assaut suivant en sachant qu’il ne servait à rien d’aller à la plage me cacher.
Quelques froidures encore et puis jusqu’au matin, un état de somnolence, sommeil imparfait.


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