L'Inde, destination classique pour un voyage initiatique. Ce carnet de voyage relate jour par jour impressions et états d'âme. Il sera agrémenté autant que possible de photos ou de dessins.
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24 décembre 1981
J075 - Nuit de Noël dans le train Jodhpur - Bombay
Mauvaise nouvelle au réveil, il faudra payer une nouvelle nuitée car le check out de 24h est dépassé.
Solide petit-déjeuner puis nous traînons un peu dehors.
Je suis plutôt mal en point depuis un jour ou deux. Sans doute l’eau douteuse du camel safari qui s’est doublée d’une grippe, ou d’une infection similaire.
Déjeuner, puis il est temps de rentrer boucler les sacs.
Je prends les péloches de Thomas que je prévois de remettre à D. avec les miennes.
Ma veste n’est pas sèche, quelques bananes, quelques biscuits et hop ! dans le train qui déraille vers 15h35.
En route pour Bombay
Vers 17h, je trouve mon siège.
Vers 19-20h, j’ai la chance d'obtenir, grâce à un contrôleur efficace, une couchette libre qui me permettra de dormir, sans supplément, jusqu’aux faubourgs d’Ahmedabad.
Compartiment d’indiens, dont la représentante de la gent féminine fait penser à une mama italienne qui vendrait des poissons au marché. Mêmes rondeurs et même parler.
Pour la quatrième fois, j’ai fait cette nuit le même rêve, mais plus détaillé que d’ordinaire.
J’étais d’abord dans l’avion et je me rendais compte au cours du vol que je ne connaissais même pas la compagnie avec laquelle je voyageais. Une fois de plus, j’étais parti sans m’y être préparé.
Ensuite, j’étais rentré mais n’en tirais aucune réjouissance. Ma seule préoccupation était qu’il me fallait retourner à l’aéroport chercher ce sac que j’y avais laissé, en raison d’un retard concernant l’arrivage du fret.
Plusieurs fois je me réveillais, et ma présence dans le train brinqueballant apportait la certitude que j’étais toujours en route. Il fallait au moins ça pour me tirer de la situation empêtrée qui m’était imposée dans mes divagations oniriques.
Dans ce rêve, le retour m'était imposé, non choisi, et créait une frustration. Comme si, sur place, j’étais sur le point de découvrir quelque chose et que mes plans et mes espérances seraient ruinés par ce retour anticipé.
Est-ce à dire que je vais découvrir quelque chose avant mon retour, et rentrer comblé ?
Noël dans le train
Tentatives pour imaginer ceux qui en France passent ce moment que j’ai vécu à vingt et une reprises et dont je suis totalement étranger cette fois-ci.
_____________________La carte de la journée_____________________
23 décembre 1981
J074 - Jodhpur : Umaid Bhavan et Meherangarh Fort
J'émerge de ma somnolence pour voir venir Jodhpur.
C’est le matin donc et, en sortant de la gare, il nous faut trouver un hôtel pas loin car, pour beaucoup d’entre nous, cette ville n’est qu’une plaque tournante pour Udaipur, Mont Abu, Bombay.
L’hôtel est situé dans une rue adjacente à la rue principale, et, pour 20 roupies, on a la chance de bénéficier d’une salle de bain.
Une fois délivrés de nos sacs à dos, nous nous pointons vers les guichets de réservation qui éclosent vers 9 heures.
Tous les trains semblent complets, certaines personnes réservent pour le 15 janvier. On perd un temps fou à se faire renvoyer de guichet en guichet après une longue file d’attente exaspérante, dans l’espoir d’obtenir une information jamais satisfaisante. Je perds patience, m’engueule avec un guichetier faisant la sourde oreille, ne se sentant pas concerné par ma question, puis mime son attitude bornée, mes deux mains faisant les œillères entre lesquelles il se complait, etc…
En fin de compte, achat d’un ticket pour Bombay. Je n’ai qu’une réservation pour une place assise, et plus de 24h de trajet !
Ensuite, place au tourisme
Nous tombons sur un chauffeur de rickshaw tellement bouché qu’il nous emmène à l’opposé du fort que nous avions convenu comme destination initiale. Lorsqu’il devient flagrant qu’il nous conduit à Umaid Bhavan, et que nous aurons toutes les peines du monde à l’impliquer dans d’autres trajets, nous baissons les bras et le laissons faire.
Comme il nous en avait prévenu, son compteur ne marche pas, d’où un lourd marchandage aux portes du palais, cossu palace qui fait récent et sans originalité ni finesse.
Le faste suranné d'Umaid Bhavan
Sa visite est toutefois fascinante. Elle permet de revivre, en imagination, le faste qui régnait il y a de cela seulement cinquante ans.
Entre 1929 et 1942, le maharaja, ce gosse de riches, s’est fait construire une ville-villa démente, coiffée d’un dôme gigantesque, avec l’air conditionné partout, des salons à n’en plus finir, une piscine gisant sous le plancher circulaire que domine, de très haut, le plafond voûté de la grosse coupole, une salle de cinéma, un billard et j’en passe. C’est le grand-père du maharadja actuel qui a organisé tout ça. Ce dernier est également propriétaire du fort de Jodhpur, mais les temps doivent être de plus en plus durs car maintenant, chez lui, sévissent les guides et les restaurateurs.
Visite des chambres
La visite des chambres 225 et 227 se révèle d’un intérêt surprenant. Meublée dans le style des années 1930, chacune possède sa propre décoration, est dotée d’une entrée-salon qui accueillerait sans difficulté un cocktail de taille moyenne.
La première chambre a la taille d'un gigantesque séjour dans laquelle flotte, un peu perdu, le double lit.
Dans la seconde, de taille plus modeste, le style est davantage affirmé, un peu design, avec un lit laqué noir, perpendiculaire à un miroir décoré de peintures bizarres. La salle de bain tient du délire, avec une baignoire-autel à robinets dorés trônant au milieu de la pièce et des fauteuils et des lavabos disséminés tout autour.
La salle de bain de la première chambre conviendrait aisément à une petite collectivité : une énorme salle principale où sont juchés, côté à côte, deux lavabos, et tout autour, des pièces contiguës contenant qui une douche, qui successivement, un chiotte à la turc, un bidet, un chiotte à l’européenne, garées côte à côte comme des automobiles.
Tout cela pour 600 roupies la nuit, le prix d’une nuit anonyme dans un Méridien. Mais nous restons cependant en Inde et une note de la direction sur une table informe les clients que, en raison des coupures fréquentes d’électricité, l’hôtel n’est en mesure de délivrer de l’eau chaude qu’à certaines heures de la journée.
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| La ville et au fond Meherangarh Fort depuis Umaid Bhavan, Jodhpur |
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| Umaid Bhavan, Jodhpur |
Pour 9 roupies, à deux, nous jouissons d’un thé luxueusement servi dans une salle attenante à la large coupole. Nous nous y complaisons à imaginer la clientèle anglaise snob d’il y a quelques décennies, remplacée actuellement par deux pseudo freaks sales dont un barbu.
On décolle enfin. Nous boudons le monopole des rickshaws qui attendent les gogos à la sortie et attaquons courageusement la descente de la colline sous une chaleur accablante.
Meherangarh Fort
Un bus et un tonga (note : carriole à cheval) plus tard, nous sommes au Meherangarh Fort, majestueux sur son surplomb rocheux.
Comme d’habitude, un guide enrubanné nous fait faire le tour du propriétaire : collection de miniatures, d’armes, de palanquins et de howdahs (note : palanquin à deux rangées).
Salle au miroir, salle des courtisanes, vitraux colorés, rien de bien nouveau sous le soleil du Rajasthan.
Nous longeons les remparts d’où l'on découvre une superbe vue sur Jodhpur. La "rumeur (qui) vient de la ville" frappe tout d’un coup, lorsque la tête cesse d’être protégée des ondes sonores par l’épaisse rambarde de pierre.
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| La ville à l'est depuis Meherangarh Fort, Jodhpur |
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| La ville à l'ouest avec Clock Tower et Umaid Bhavan depuis Meherangarh Fort, Jodhpur |
Descente à pied jusqu’au Jaswant Thada, délicat cénotaphe de marbre blanc, dans la lignée des productions d’Agra.
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| Meherangarh Fort au soleil couchant, Jodhpur, Rajasthan |
Nous poursuivons en direction d’une grande artère, à travers un fouillis impénétrable de ruelles et de maisons qui se dispersent dans tous les sens. Une tonga, à nouveau, se charge de nous ramener dans le droit chemin, près de la gare.
Restaurant végétarien, thali qui coûte dix fois moins cher que le steak que je vais m’enfiler d’ici peu au Taj Mahal, ce grand hôtel de Bombay.
Emotion de retour à l’hôtel quand je me rends compte que j’ai égaré ma Bible, le Guide Bleu, sur laquelle repose en partie les estimations des itinéraires à échafauder.
Heureusement elle n’est pas loin : je la retrouve dans le restaurant où elle a glissé de ma poche et trône majestueusement, sur le comptoir à côté du caissier.
On s’enfile une petite bière avec Thomas car on a drôlement soif.
Je lave ma veste, qui semble conserver toujours autant de crasse, car il me faudra bientôt être à nouveau séduisant pour mes retrouvailles à Bombay avec D.
_____________________La carte de la journée_____________________
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