19 janvier 1982

J101 - Goa, jour 19 : poisson bouilli à la papaye



13 Janvier, 14 Janvier, 15 Janvier, 16 Janvier, 17 Janvier, 18 Janvier, 19 Janvier...


Une semaine plus tard, le même prévoit de rester une autre quinzaine, de reprendre à zéro le traitement dont il a, comme un idiot, gâché les premiers fruits.

Aujourd’hui, rien.
Aquarelles, etc…
D’où l’utilité de tenir un journal au jour le jour qui recueille le fruit des expériences et les pensées quotidiennes.
Plage l'après-midi.

Les jours passent, s’enfuient, sans que nul événement ne les marque ni que l’on puisse, les distinguant les uns des autres, les ramener à soi un court instant.


Le palais du destin

J’ai changé de logement et établi mes quartiers dans une pension de famille, Kismat Mahal, le palais du destin, près de la maisonnette de A. et G.


La maisonnette de A. et G., près de Kismat Mahal, Calangute

J’allais m’embêter, tout seul dans cette chambre dénudée, rien qu’un sommier de corde tressé et avachi et une véranda pour regarder la mer, à l’ombre.
Ici, je pourrai commencer ma diète et loger dans des conditions moins rudimentaires.

Deux nuits passées chez mes amis indiens en attendant que ma chambre se libère.
Début d'une bande dessinée sur Calcutta.
Début de l'apprentissage de l’aquarelle, d'un livre de Miguel Angel Asturias, très dense mais sibyllin comme du Malraux, même richesse absconse.


Nouveau traitement

Après quelques jours d'un régime de poisson bouilli - papaye, je vis mieux mais cela donne des aigreurs d’estomac terribles qu’il me faut combattre avec un médicament de plus, du Gelusil®.

Dès la seconde prise de sang, les résultats du serum bilirubin me donnent assez d’aplomb pour me payer un poulet frites à la sortie. Et négliger la visite du praticien.
Dans la foulée, je stoppe peu à peu tous ces médicaments inutiles, certainement responsables de mes aigreurs, je courre droit à l’ulcère sinon, et les remplace par une nourriture bien saine et bien grasse que j’appuie à grands renforts de ces gâteaux à vendre, 1 roupie 75 la tranche, avec custard ou cream.

Seul le Liver 52, ces petits comprimés marrons clairs dont la couleur et la chaude texture rappellent le son, haché puis séché sur une platine, garde encore quelque place dans mon estime. Peut être à cause de son nom marrant, ou peut être car sa boîte de plastique jaune, avec sa capsule marron, ferme bien.


Découverte de A.

Nous passons de longues heures à parler. Fascinante découverte l’un de l’autre pendant plusieurs jours.
Elle est mignonne, vive et pleine d’idées, douée pour tout et révoltée contre ce monde indien, société figée et crispée.
Exception que ce couple, à la culture occidentale et aux racines indiennes, à l’esprit critique des plus acérés, pertinent tant au niveau des sujets abordés que des opinions.
On parle, on parle. La vie n’est plus qu’un concept, avec ses grandes articulations historiques, avec ses événements, leurs influences, leurs conséquences, que seuls l’art et ses réalisations peuvent parsemer de petits cailloux blancs.
Dramatique son histoire, ses souvenirs ; pathétique l’avenir, même si immenses les espoirs.
Présent palpitant où deux vies se croisent et se synchronisent un court instant. Peut être le présent s’attarde-t-il de trop. Et les jours qui suivent l’évocation de la vie à grandes envolées intellectuelles, à grands coups de pinceaux inspirés, à prôner le libre devenir et ses moments charnières, n’apportent toujours que des heures sans nouveautés ni futur, qui lassent notre enthousiasme.
Demain, n’est pas un autre jour. C’est le même. Ce n'est qu'en se retournant que l'on aperçoit alors la route qui sinue.

Ça continue donc, les jours passent ponctués de petites joies, de petites satisfactions. Ils passent et engendrent la même lassitude, qui s’intensifie puis retombe, régulièrement et sans cesse, comme la vague.


_____________________La carte de la journée_____________________

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