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02 décembre 1981

J053 - Delhi : National Museum, Indian International Trade Fair

Comme prévu, je passe chercher mon argent à la Bank of America, après être allé vérifier une dernière fois que l'American Express ne détenait pas une lettre nouvellement arrivée, et tuer, du même coup, mon dernier espoir.

Argent en poche, passage au Tourism Office qui me conseille de réserver dès ce matin le billet sur le Taj Express pour demain.

A nouveau, rickshaw jusqu'à New Delhi Railway Station, où j'expérimente la surprenante efficience des services ferroviaires. Peut-être serais-je amené à déchanter ultérieurement. Dans la gare, des gens dorment un peu partout, se protégeant du bruit et de la poussière en se recroquevillant sous de vieilles couvertures, entourés de leurs paquetages qui forment autant de petits bastions retranchés.

Bureau du General Post Office : pas trop surpris de ne trouver aucun courrier à mon nom.
SOS, l'Europe ne répond plus…


National Museum : c'est le gros morceau

On l'atteint après avoir franchi Raj Path, merveilleuse perspective entre India Gate et les bâtiments parlementaires, traversant New Delhi de part en part et d'Ouest en Est, impressionnante comme une autoroute.
Que dire de ce musée, sinon qu'il est grand et qu'il fatigue autant les pieds que la tête ?
Les galeries maurya et shunga présentent de forts jolis fragments de sculptures, de très beaux bas-reliefs finement travaillés. Plus loin, on retrouve les terres cuites de l'art du Gandhara, des IIème à IIIème siècle après J.C.
Ensuite, galerie des bronzes, pléthoriques, parmi lesquels se détache nettement le Shiva Natesha, une œuvre du XIIème siècle, fabuleusement gracieux, s'inscrivant élégamment dans un cercle qui l'entoure et le porte.
Au premier étage, suivez le guide...Imposante collection de peintures indiennes de toutes les écoles successives dans lesquelles on se perd.
Collection temporaire pour commémorer le 1400ème anniversaire du départ de Mahomet de Mecca à Médina : fantastiques broderies, Corans illustrés de façon merveilleuse avec forces enluminures dorées, esquisses miniatures et prouesses scripturales dans ce que j'estime être le plus bel alphabet du monde. Parfois le script s'est appliqué à dessiner des feuilles ou d'autres motifs décoratifs en fonction de la répartition des syllabes. Quant aux miniatures perses exposées, elles comptent parmi les plus fines de ce musée.
Intéressante galerie rassemblant les pièces collectées par Sir Aurel Stein sur la route de la soie, partant d'Alexandrie et traversant le Turkestan chinois, de part et d'autre du Takla-Makan Desert.

Sans souci des unités de temps et de lieu, j'exécute mon petit défilé personnel et patriotique en pratiquant une glorieuse descente pédestre jusqu'à India Gate. Aucun rickshaw en vue.


Old Fort, Purana Qila, New Delhi

Indian International Trade Fair
(note : http://www.indiatradefair.com/)

Un peu à l'écart de Purana Qila, le gouvernement indien organise une grande exposition : l'Indian International Trade Fair.
Dans un gigantesque parc d'exposition, des stands présentent des produits typiques de chaque région, de chaque pays. Mais aussi d'autres pavillons, aussi passionnants par exemple que la défense nationale, l'énergie, les camions Tata ou les véhicules Escorts.
Le show des danses de l'Assam n'est pas des plus fascinants, même si les costumes sont plaisants, les rythmes changeants et syncopés, originaires de Sibsagar, une ville historique du coin.
Ensuite, je déambule dans les allées. Il m'est agréable de sentir cette foule qui m'entoure et me protège de ma solitude. Une exposition de ce type me ramène davantage dans mon pays que la masse houleuse de Chandni Chowk.
Aucun stand n'est vraiment passionnant en fait.
"Son of India" est une collection de photos sur Indira et Sanjay. Assez désertée, hormis les badauds qui s'agglutinent autour des photos du crash de l'avion et de la mère Gandhi, lunettes noires autour du cercueil filial.
Des peintures murales, plus naïves et plus laides que celles faites par la propagande communiste dans les pays de l'Est, illustrent le programme de Gandhi. "Moins d'enfants, plus de bonheur". Une famille malheureuse : la mère croule sous des enfants pleurants et affamés. Une famille moins nombreuse : deux enfants heureux et calmes.
La plaie de la dote : une fille se pend car elle n'avait pas d'argent pour se marier.
Dessins horribles, couleurs sales et vulgaires.
Stand Renault où, pour la première fois, je discute avec une jeune fille indienne, en français, originaire de Pondichery.
Stand de l'OLP, intéressant, petit, mais pris d'assaut, bombe idéologique de par son contenu révolutionnaire.


Les aventures de Krishna

Le plus intéressant : autour de la pièce d'eau, un spectacle de danses traditionnelles indiennes.
Krishna enfant qui dérobe le ghee, se fait gronder par sa mère et expérimente l'extra power. Ses amours dans la jungle quand il est plus âgé, qu'il fait comprendre à une jeune fille qu'il est dieu et en droit de les aimer toutes.
Sudama le mendiant, ancien condisciple de Krishna, lui lave les pieds avec ses propres larmes.
Un guru sur la droite fait le récitant, les danses suivent les variations rythmiques de la musique, beaux costumes et mimiques expressives et touchantes. Une partie du panthéon indien.

Retour en bus avec cet indien à l'accent incompréhensible qui ne m'a pas quitté depuis le stand pakistanais.
_____________________La carte de la journée_____________________

14 octobre 1981

J004 - Delhi : déjà malade, tourisme fébrile


Déjà malade ?

Peter est parti ce matin.
Réveillés par un tout vieux et tout petit bonhomme au visage bronzé et buriné, nous nous sommes séparés quelques heures plus tard.
Je voulais partir visiter Humayun's Tomb. Au moment de sortir, je n'en avais plus envie : nausées, fièvre légère, fatigue et suées. Je me suis remis au lit et stimulé par quelques médicaments, espérant que les choses allaient s'arrêter là.
La fièvre est déjà tombée avec l'aspirine.
Tout à l'heure, j'irai à l'ambassade du Népal. L'essentiel est que je m'offre deux bonnes nuits avant mon trajet en bus dans le nord. Je reviendrais ici si je me sens trop fatigué, sinon, j'irais faire un tour en ville.


En aparté : toilettes indiennes

Il me faut dire un mot aussi sur les toilettes / salle de bains communes aux quatre chambres de ce côté-ci de la terrasse.
Le lavabo est cassé de façon bizarre. Toute une partie du fond de la cuvette manque, comme si quelque chose de très lourd était passé au travers. Le bidet a également souffert, les morceaux de faïence fracassés tiennent encore ensemble mais pivotent quasi librement autour de l'axe d'acier qui armait l'ensemble.
Quant aux chiottes à la turc, démunies de papier, il m'a fallu apprendre à les utiliser sans. Le seau est à côté, avec son gobelet plastique pour puiser l'eau qu'on verse sur la main ayant servi à nettoyer l'orifice. Rien de bien dégoûtant en fait, tout cela est nettoyé tout de suite et il n'en reste même pas un mauvais souvenir, à défaut d'odeur.


Tourisme fébrile...

J'ai récupéré sans problème mon visa à l'ambassade du Népal. En sortant, je suis tombé sur un chauffeur de taxi roublard que nous avions fréquenté deux fois avec Peter. Après avoir marchandé quelque temps, je négocie un forfait touristique pour 100 roupies comprenant Humayun's Tomb et Qutb Minar.

Nous prenons une direction sud qui passe par India Gate, dépassons le vieux fort de Purana Qila que je n'ai ni le temps ni la présence d'esprit de photographier. Devant, mon chauffeur va bon train. Nous arrivons assez vite à Humayun's Tomb.

A droite en entrant, la tombe d'Isa Khan Niyazi, joli monument chargé de beaux ornements. Un petit indien m'ayant pris pour cible, je fais le tour des bâtiments sous ses harcèlements. Il m'indique que là où je marche, il y a des serpents, l'endroit d'où je dois prendre une photo, etc...tout cela par geste et croassements car il est sourd et muet.
Lorsque je lui donnerais un crayon, son visage s'illuminera de façon extraordinaire. Et, chaque fois que je le rencontrerais dans l'aire historique, il me fera de petits signes de reconnaissance, me montrant une petite marque jaune qu'il vient de se dessiner sur l'ongle.


Depuis la porte nord : tombeau d'Isa Khan Niyazi, proche de Humayun's tomb, Delhi

Tombeau d'Isa Khan Niyazi, proche de Humayun's tomb, Delhi

Entrée nord, tombe d'Isa Khan Niyazi, proche de Humayun's tomb, Delhi

Le tombeau de Humayun est atteint après avoir traversé plusieurs portails. Soudainement, la dernière porte franchie, le mausolée se découvre entièrement, coiffé d'une gigantesque coupole.


Tombeau de Humayun, Delhi

Tombeau de Humayun, Delhi

On accède par un escalier à la plate-forme du mausolée d'où l'on découvre un très bel horizon de végétation duquel émerge le sommet de temples.
Je ne traîne pas car un soleil de plomb accentue ma fièvre.


Coupoles de Nila Gumbad et de Nai-ka-Gumbad, Tombeau de Humayun, Delhi

Pour rejoindre le site archéologique de Qutb Minar, il faut un bon bout de temps en rickshaw.


Qutb Minar, Delhi

On ne peut accéder qu'au premier étage de ce minaret "le plus haut du monde", mais la hauteur est déjà impressionnante.


Depuis le premier étage : mosquée Quwwat-ul-Islam et Iron Pillar, Qutb Minar, Delhi

Au pied du minaret, une très jolie porte au chambranle de grès ouvragé.


Mosquée Quwwat-ul-Islam et Qutb Minar, Delhi

Remarque qui reste valable pour tous les lieux touristiques que j'ai eu l'occasion de visiter jusqu'à présent : on n'y rencontre aucun touriste. Ceux-ci restent à New Delhi ou se rencontrent dans des cafés pour européens défoncés.

Retour par Raj Path qui relie l'India Gate au palais présidentiel Rashtrapati Bhavan.


Jaipur Column et Rashtrapati Bhavan, Rajpath, Delhi

Depuis Rashtrapati Bhavan : India Gate, Rajpath, Delhi

Delhi Business

Parmi les combines que mon guide n'arrête pas de me suggérer (change illégal, pierres précieuses, substance prohibées…) vient s'ajouter un scénario dont j'ai déjà entendu parler : acheter des pierres à Delhi, les faire monter à Katmandou et les revendre en France en empochant un substantiel bénéfice ("make good money").
Je suis donc conduit dans l'arrière-boutique d'un joaillier. Nous nous retrouvons à une table basse pendant que l'on m'offre du thé, que je dois accepter, me dit le marchand, comme signe de l'hospitalité indienne. J'accepte, feignant d'ignorer les motifs qui animent l'amabilité du personnage.
Les choses se gâtent lorsque, après avoir déballé ses pierres pendant une demi-heure, il me faut choisir celle que je désire.
Il me fait les rubis à 200 roupies le carat. Je ne sais si c'est un bon prix, mais il est prêt, devant mon indécision, à faire des concessions. Je dois alors lui expliquer que je ne veux pas acheter tout de suite, ce que je lui avais dit depuis le début, que je vais au Ladakh et repasserai ensuite à Delhi, que je préfère réfléchir avant d'acheter telle ou telle quantité ou qualité,...
Il commence alors carrément à faire la gueule et à remballer ses pierres. Il me quitte ensuite, me laissant seul avec le guide, comme un personnage sans intérêt.

La BNP, sur Kasturba Gandhi Road, est ouverte ce coup-ci, mais ne délivre pas d'argent sur présentation de la carte bleue. Pour cela, il me faut aller à l'American Bank, fermée à l'heure qu'il est.
Il ne me reste que quelques roupies en poche, il me faut rapidement trouver un bureau de change. Après bien des errances et des attentes, je parviens à changer 100 $ à la Bank of Baroda sur Parliament Street.
Le caissier, que j'ai attendu une heure en allant déjeuner chez Kuwait, ne m'épargne pas. 100 $, ça fait 902 roupies. Je vérifie la somme, puis signe le bordereau de change pendant qu'il recompte à nouveau après avoir saisi la liasse. Par réflexe, je recompte après lui, j'en suis au troisième billet, quand, ô stupeur, il ressort de mauvaise grâce un billet qui s'était égaré derrière le comptoir.

Riche à nouveau, je m'enquiers d'un bureau de poste ouvert à cette heure tardive et le trouve sans difficulté.
Le retour s'effectue sans problème après une longue marche à pied.

Fatigué, légèrement fiévreux et quelque peu troublé au niveau intestinal, je me mets au lit après m'être bourré de médicaments. Je sens mon mal s'aggraver et multiplie les doses au cours de la nuit : Intetrix, Immodium, Aspirine, Coramine Glucose, Elixir Parégorique, Vitamine C et même, pour la première fois de mon existence, boules Quies.

_____________________La carte de la journée_____________________