23 décembre 1981

J074 - Jodhpur : Umaid Bhavan et Meherangarh Fort


J'émerge de ma somnolence pour voir venir Jodhpur.

C’est le matin donc et, en sortant de la gare, il nous faut trouver un hôtel pas loin car, pour beaucoup d’entre nous, cette ville n’est qu’une plaque tournante pour Udaipur, Mont Abu, Bombay.

L’hôtel est situé dans une rue adjacente à la rue principale, et, pour 20 roupies, on a la chance de bénéficier d’une salle de bain.

Une fois délivrés de nos sacs à dos, nous nous pointons vers les guichets de réservation qui éclosent vers 9 heures.
Tous les trains semblent complets, certaines personnes réservent pour le 15 janvier. On perd un temps fou à se faire renvoyer de guichet en guichet après une longue file d’attente exaspérante, dans l’espoir d’obtenir une information jamais satisfaisante. Je perds patience, m’engueule avec un guichetier faisant la sourde oreille, ne se sentant pas concerné par ma question, puis mime son attitude bornée, mes deux mains faisant les œillères entre lesquelles il se complait, etc…
En fin de compte, achat d’un ticket pour Bombay. Je n’ai qu’une réservation pour une place assise, et plus de 24h de trajet !


Ensuite, place au tourisme

Nous tombons sur un chauffeur de rickshaw tellement bouché qu’il nous emmène à l’opposé du fort que nous avions convenu comme destination initiale. Lorsqu’il devient flagrant qu’il nous conduit à Umaid Bhavan, et que nous aurons toutes les peines du monde à l’impliquer dans d’autres trajets, nous baissons les bras et le laissons faire.
Comme il nous en avait prévenu, son compteur ne marche pas, d’où un lourd marchandage aux portes du palais, cossu palace qui fait récent et sans originalité ni finesse.


Le faste suranné d'Umaid Bhavan

Sa visite est toutefois fascinante. Elle permet de revivre, en imagination, le faste qui régnait il y a de cela seulement cinquante ans.

Entre 1929 et 1942, le maharaja, ce gosse de riches, s’est fait construire une ville-villa démente, coiffée d’un dôme gigantesque, avec l’air conditionné partout, des salons à n’en plus finir, une piscine gisant sous le plancher circulaire que domine, de très haut, le plafond voûté de la grosse coupole, une salle de cinéma, un billard et j’en passe. C’est le grand-père du maharadja actuel qui a organisé tout ça. Ce dernier est également propriétaire du fort de Jodhpur, mais les temps doivent être de plus en plus durs car maintenant, chez lui, sévissent les guides et les restaurateurs.


Visite des chambres

La visite des chambres 225 et 227 se révèle d’un intérêt surprenant. Meublée dans le style des années 1930, chacune possède sa propre décoration, est dotée d’une entrée-salon qui accueillerait sans difficulté un cocktail de taille moyenne. 
La première chambre a la taille d'un gigantesque séjour dans laquelle flotte, un peu perdu, le double lit.
Dans la seconde, de taille plus modeste, le style est davantage affirmé, un peu design, avec un lit laqué noir, perpendiculaire à un miroir décoré de peintures bizarres. La salle de bain tient du délire, avec une baignoire-autel à robinets dorés trônant au milieu de la pièce et des fauteuils et des lavabos disséminés tout autour.
La salle de bain de la première chambre conviendrait aisément à une petite collectivité : une énorme salle principale où sont juchés, côté à côte, deux lavabos, et tout autour, des pièces contiguës contenant qui une douche, qui successivement, un chiotte à la turc, un bidet, un chiotte à l’européenne, garées côte à côte comme des automobiles.
Tout cela pour 600 roupies la nuit, le prix d’une nuit anonyme dans un Méridien. Mais nous restons cependant en Inde et une note de la direction sur une table informe les clients que, en raison des coupures fréquentes d’électricité, l’hôtel n’est en mesure de délivrer de l’eau chaude qu’à certaines heures de la journée.


La ville et au fond Meherangarh Fort depuis Umaid Bhavan, Jodhpur
Umaid Bhavan, Jodhpur

Pour 9 roupies, à deux, nous jouissons d’un thé luxueusement servi dans une salle attenante à la large coupole. Nous nous y complaisons à imaginer la clientèle anglaise snob d’il y a quelques décennies, remplacée actuellement par deux pseudo freaks sales dont un barbu.

On décolle enfin. Nous boudons le monopole des rickshaws qui attendent les gogos à la sortie et attaquons courageusement la descente de la colline sous une chaleur accablante.


Meherangarh Fort

Un bus et un tonga (note : carriole à cheval) plus tard, nous sommes au Meherangarh Fort, majestueux sur son surplomb rocheux.
Comme d’habitude, un guide enrubanné nous fait faire le tour du propriétaire : collection de miniatures, d’armes, de palanquins et de howdahs (note : palanquin à deux rangées)
Salle au miroir, salle des courtisanes, vitraux colorés, rien de bien nouveau sous le soleil du Rajasthan.

Nous longeons les remparts d’où l'on découvre une superbe vue sur Jodhpur. La "rumeur (qui) vient de la ville" frappe tout d’un coup, lorsque la tête cesse d’être protégée des ondes sonores par l’épaisse rambarde de pierre.


La ville à l'est depuis Meherangarh Fort, Jodhpur
La ville à l'ouest avec Clock Tower et Umaid Bhavan depuis Meherangarh Fort, Jodhpur

Descente à pied jusqu’au Jaswant Thada, délicat cénotaphe de marbre blanc, dans la lignée des productions d’Agra.


Meherangarh Fort au soleil couchant, Jodhpur, Rajasthan

Nous poursuivons en direction d’une grande artère, à travers un fouillis impénétrable de ruelles et de maisons qui se dispersent dans tous les sens. Une tonga, à nouveau, se charge de nous ramener dans le droit chemin, près de la gare.

Restaurant végétarien, thali qui coûte dix fois moins cher que le steak que je vais m’enfiler d’ici peu au Taj Mahal, ce grand hôtel de Bombay.

Emotion de retour à l’hôtel quand je me rends compte que j’ai égaré ma Bible, le Guide Bleu, sur laquelle repose en partie les estimations des itinéraires à échafauder.
Heureusement elle n’est pas loin : je la retrouve dans le restaurant où elle a glissé de ma poche et trône majestueusement, sur le comptoir à côté du caissier.

On s’enfile une petite bière avec Thomas car on a drôlement soif.
Je lave ma veste, qui semble conserver toujours autant de crasse, car il me faudra bientôt être à nouveau séduisant pour mes retrouvailles à Bombay avec D.

_____________________La carte de la journée_____________________

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